La stérilisation est un acte chirurgical qui consiste à ôter les gonades, soit les testicules chez le mâle et les ovaires chez la femelle, avec souvent pour intention première d’éviter toute reproduction.
Une idée largement reprise par les associations de protection animale dans le but louable d’éviter les abandons. Prônée par les vétérinaires, la stérilisation précoce devrait limiter certains cancers et comportements dérangeants.
Si il est des sujets qui prêtent aux croyances urbaines et qui déchainent les passions, la stérilisation des chiens en fait bien partie !!
Mais alors ? Qu’en est-il réellement ?
La désinformation sur le sujet est grande et même si de récentes études scientifiques ont étayé qu’il était parfois préférable d’attendre avant de stériliser, il semblerait que l’information ne soit pas parvenue à toutes les oreilles…
La fin des problèmes comportementaux
C’est sûrement l’idée qui remporte le plus de suffrage ! Et pourtant… les études démontrent que la stérilisation ne ferait qu’aggraver les choses, et ce pour plusieurs raisons.
- Dans 60% des cas d’agressivité sur congénères, la stérilisation pourra améliorer les choses sans toutefois les régler complètement. Pour les 40% restants, au mieux rien ne change, au pire le comportement s’aggrave…
- la stérilisation demeurera sans effet dans les cas d’hyperactivité, de destruction, d’anxiété, de prédation, des dermatites de léchage, d’hyperattachement, de malpropreté…
- L’absence d’odeur hormonale du mâle castré peut le rendre attractif sexuellement pour les mâles entiers ce qui provoque souvent des agressions déclenchées par le chien sailli. En effet, les chiens gonadectomisés développent des oestrogènes (hormones femelles) et quasiment plus de testostérone (hormonesmâle). Ils attirent et excitent donc les mâles intacts.
- Les études montrent que certains mâles castrés seront jusqu’à une fois et demi plus agressifs que leurs homologues entiers (selon l’âge de la stérilisation). Les scientifiques expliquent ce résultat par l’effondrement de la testostérone, l’hormone masculine synthétisée par les testicules qu’ils n’ont plus.
- Les comportements de chevauchement ne cesseront que rarement. Le chien, de par son expérience passée, connaîtra les sensations que l’acte procure et, par habituation, il continuera de le faire.
La limitation des risques pour la santé
La première justification restant l’argument de masse : éviter les tumeurs ! Et c’est vrai… Tout comme l’ablation du cerveau pourrait éviter les tumeurs cérébrales… Le parallèle semble aberrant mais il permet de comprendre que le lien établi entre l’ablation de l’organe et le risque de tumeurs est un raccourci rapide et facile.
Alors, quels sont les conséquences d’une stérilisation précoce sur la santé de nos chiens ?
- Un chien stérilisé ne produira quasiment plus d’hormone sexuelle. Or ce sont ces mêmes hormones qui activent la thyroxine, l’hormone thyroïdienne T4. Sans activation, l’hormone T4 chute provoquant une hypothyroïdie. On sait aujourd’hui’hui que l’hypothyroïdie est responsable de 63% des troubles comportementaux chez le chien.
- Selon certaines études, la stérilisation précoce a été associé à une incidence accrue de la dysplasie de la hanche, de la déchirure du ligament croisé, de lymphosarcomes chez les mâles et de déchirures du ligament croisé chez les femelles. La stérilisation à 12 mois a révélé un risque accru de tumeurs des mastocytes et angiosarcomes chez les femelles et un risque élevé d’hémangiosarcome chez les chiens castrés.
- De manière plus générales les études réalisées sur des milliers de chiens montrent que les individus gonadectomisés, mâles ou femelles, ont un métabolisme plus bas, ont plus faim que les autres chiens et ont tendance à l’obésité (cause de nombreuses maladies lourdes dont les maladies ostéo-articulaires)
- Selon d’autres études, le risque d’hyperplasie (bénigne) de la prostate baisserait avec la castration mais augmenterait le risque de cancer (malin) de la prostate. Pratiquée avant l’âge d’un an, l’ovariectomie accroîtrait gravement le risque d'ostéosarcome, multiplierait par 1,6 le risque de tumeurs cardiaques, triplerait le risque d'hypothyroïdie, augmenterait le risque de sénilité précoce et triplerait le risque d’obésité…
- Il est aussi prouvé de manière avérée que la stérilisation chez une femelle provoque une incontinence urinaire dans 4 à 20% des cas, multiplie par 3 à 4 le risque d'infections des voies urinaires, augmente le risque de problèmes au niveau de la vulve, de dermite vaginale et de vaginite, en particulier chez les chiennes stérilisées avant la puberté.
- La stérilisation se fait uniquement sous anesthésie générale. En connaissant les risques liés aux produits anesthésiants, on peut raisonnablement se questionner sur l’intérêt de faire subir une intervention chirurgicale à notre Colley, alors qu’il est en parfaite santé…
Alors que faire ?
Si chez les mâles se sont souvent les problèmes comportementaux qui son mis en avant, chez la femelle, la stérilisation sera recommandée afin de supprimer les nuisances liées aux chaleurs (fugues, pertes de sang, siège de la maison par tous les chiens du quartier...), les grossesses non désirées, les lactations nerveuses, les infections de l’utérus…
Rien n’est réellement faux mais tout doit être bien réfléchit et les décisions doivent être prises en toute connaissance de cause.
Un autre aspect à ne pas perdre de vue et qui, à notre sens, pèse aussi très lourd dans la balance est la qualité du poil après la stérilisation. Si le poil d’un Colley est normalement très facile à l’entretien, cela change complètement après la castration : il devient laineux et très difficile à brosser. Dans notre race, cela peut s’avérer être très compliqué au quotidien.
A l’élevage, pour nos bébés, nous déconseillons fortement la stérilisation précoce mais encourageons, en revanche, à la faire pratiquer à distance de la fin de croissance (à minima deux ans). Le mieux pour nous étant vers l’âge de 4-5 ans, l’âge où les risques pour la santé s’accroissent. Et dans l’hypothèse où votre mâle aurait des comportements non désirables, vous pouvez envisager la castration chimique. Il s’agit d’une solution réversible qui vous permettra de voir si à long terme, la stérilisation peut apporter un réel confort de vie. Si les problèmes persistent, l’éducation restera votre meilleur allié !
Sources et références :
Conférence Alain Fontbonne : https://m.youtube.com/watch?v=uwtgROsJFJ8
Témoignage de Thierry Bendossa, vétérinaire : https://www.lepoint.fr/sciences-nature/les-bons-conseils-de-thierry-bedossa-faut-il-steriliser-son-chien-21-04-2018-2212392_1924.php?fbclid=IwZXh0bgNhZW0CMTEAAR2uKParHwszYBiwrLiib_pVa__BTMgw7X3Vx8IGJNObdRuMSF94c2iN4k_aem_o5KHM4JwfW-GHuTsd7B-CA#11
G. Outters le point vétérinaire : La castration n’est pas la panacée lors d’agressivité - La Semaine Vétérinaire n° 1385 du 18/12/2009
David Randall : https://youtu.be/lZFzPmnWf4E?si=YrhOdbbdc7MOPHzH
Joël Dehasse : « La stérilisation du chien : pour ou contre - effets psychologiques et comportementaux » éditions i’M
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